Fondé en 2009, Uber compte aujourd’hui environ 10 millions de chauffeurs et de livreurs en activité dans le monde. Les coopératives de chauffeurs de taxi sont elles aussi présentes dans le monde entier et deux exemples récents – Uride en Belgique et Bharat Taxi en Inde – montrent avec force que la coopérative de plateforme reste une alternative viable qui pourrait être reproduite dans d’autres pays.
La coopérative Uride, qui a été lancée cette année en Belgique, propose un système d'adhésion ouvert aux chauffeurs et aux clients : la souscription s'élève à 100 euros la part, les chauffeurs payent 10 % de frais de plateforme (15 % pour les non adhérents, les frais étant de 25 à 35 % sur les autres plateformes) et les clients bénéficient d'une remise de 10 % sur leurs trajets.
En Inde, une coopérative de grande envergure détenue par les chauffeurs de taxi et soutenue par les pouvoirs publics a été lancée au cours de l'Année internationale des coopératives 2025. Le Ministre indien des affaires intérieures et de la coopération, M. Amit Shah, a présenté officiellement cette coopérative de plateforme – Bharat Taxi – à New Delhi. Dirigée par Sahakar Taxi Cooperative Limited (STCL), cette société coopérative relève de la loi multiétatique sur les sociétés coopératives de 2022.
M. Shah a déclaré que la coopérative répartirait 80 % de ses profits entre ses chauffeurs – appelés Sarathis – en tenant compte des distances parcourues en kilomètres et utiliserait les 20 % restants pour alimenter les fonds propres de la société. La coopérative propose un modèle sans commission, dans le cadre duquel les chauffeurs s'acquittent chaque jour d'un forfait au lieu de verser un pourcentage de chacune de leurs courses. De plus, les chauffeurs peuvent prendre des parts dans la coopérative (l'investissement minimal étant fixé à 500 roupies) et bénéficier ainsi de droits de vote et de dividendes.
M. Shah a souligné que « le secteur des services de taxi restait un secteur privé et que Bharat Taxi était une initiative d'une coopérative » visant à assurer la protection des chauffeurs. L'objectif ultime de Bharat Taxi est de proposer une alternative stable à long terme au travail à la demande, en offrant un accès à une couverture de santé, à une prévoyance et à une épargne retraite, son modèle de coopérative de plateforme pouvant être reproduit dans d'autres pays avec l'appui des pouvoirs publics nationaux.
L'initiative a bénéficié du soutien de la National Cooperative Development Corporation (NCDC). Cette institution indienne de référence a réuni huit coopératives actives et organisations réglementaires qui ont structuré ensemble l'organisation et arrêté les derniers aspects en matière de gouvernance. La NCDC continue de fournir un appui opérationnel, d'assurer des évaluations techniques des partenaires et de mettre à disposition des infrastructures de bureau.
« Bharat Taxi opère dans un écosystème en ligne fortement concurrentiel qui nécessite des moyens financiers importants et dans lequel les acteurs prélèvent des commissions élevées sans laisser de pouvoir de décision aux chauffeurs », déclare M. Rohit Gupta, Directeur adjoint de la NCDC.
Pour surmonter certains obstacles liés aux questions financières, au déploiement à plus grande échelle et à la confiance, la coopérative a mis en place des collaborations stratégiques avec des opérateurs ferroviaires, des organismes publics, des autorités municipales et d'autres institutions coopératives, facilité les conditions d'accès pour renforcer la participation, maîtrisé attentivement ses dépenses et instauré une stratégie de développement progressif.
« Les premières réactions ont été très positives, ce qui montre que l'adhésion des chauffeurs et des clients est très importante », déclare M. Gupta, faisant remarquer que la coopérative compte désormais plus de 400 000 chauffeurs de taxi et que le nombre de téléchargements de l'application s'élève à 2 millions.
« L'adoption importante de Bharat Taxi permet d'affirmer que les chauffeurs sont vivement intéressés par les plateformes qui leur permettent d'acquérir des parts de la société, de tirer des revenus équitables et de jouer un rôle actif et que les clients sont de plus en plus attirés par les services transparents, abordables et fiables. On constate un abandon du modèle traditionnel, qui est caractérisé par des commissions élevées, des hausses brutales des prix et un faible niveau d'inclusion des travailleurs. »
M. Gupta indique que « le projet Bharat Taxi montre que les coopératives peuvent s'implanter avec succès en dehors des secteurs traditionnels en comblant des lacunes structurelles et en prenant en compte l'avis des travailleurs dans les décisions ».
« Au niveau mondial, cette approche offre une alternative aux grandes plateformes qui sont soutenues par des sociétés de capital-risque, car elle permet d'intégrer un système de gouvernance démocratique et de partage des richesses dans l'infrastructure numérique. Le champ d'application est important dans les secteurs nouveaux et émergents, tels que les services à domicile (nettoyage et entretien), l'artisanat (plomberie, électricité, etc.), la beauté et le bien-être, l'entretien et la réparation des appareils électro-ménagers et des systèmes climatisation, les services locaux, tels quel la confection de vêtements et de chaussures, le tourisme et la réparation de téléphones portables. Dans de nombreux cas, ces secteurs sont fragmentés, ne sont pas structurés et sont caractérisés par une exploitation des travailleurs et des écarts entre les prix et la qualité des services. »
Le modèle coopératif offre une rémunération plus importante aux travailleurs, garantit une transparence des prix et crée des emplois à grande échelle.
« La réussite de Bharat Taxi montre que les coopératives tirant parti de la technologie peuvent faire émerger des modèles institutionnels parallèles dans l'économie numérique indienne, qui pourraient s'étendre dans une grande diversité d'autres domaines en dehors de la mobilité », ajoute M. Gupta.